La robotique industrielle avait démarré avec tambours et trompettes au début des années 80. Qu'en est-il aujourd'hui ?
L'usine sans hommes est possible...
Au début des années 80, l'industrie avait trouvé le filon pour accéder enfin à l'usine sans hommes : les robots.
Ainsi l'industrie automobile, en Europe et surtout en France, équipait les chaînes de montage de robots de soudage, de robots de peinture et autres manipulateurs. Dans un premier temps. La robotisation était bien partie. Il semblait qu'un jour assez proche, l'ensemble du montage d'une voiture pourrait être entièrement automatisé. (image Kuka www.kuka.de)
Un rêve de patron ?...
Des usines qui tournent en 24/24, pas de week-end, pas de vacances, pas de 5ème semaine, pas de 39 heures, pas de grève, pas de revendication salariale. Un vrai rêve de patron quoi !
...ou un choix de société ?...
Mais on l'oublie un peu vite, c'est aussi un vrai rêve d'ouvrier. Il faut avoir connu et vu travailler des hommes et des femmes dans des usines de production, confrontés à la pénibilité physique, le bruit permanent, la crasse, les troubles de santé et le manque de reconnaissance, pour comprendre que l'avenir de l'humanité est quand même ailleurs. (A noter : Peu d'ouvriers profitent de leur retraite. Et je ne parle même pas des établissements, qui méprisant les règles d'hygiène et de sécurité, se jouent des inspections sanitaires et sociales en pratiquant le chantage à l'emploi.)
C'était d'ailleurs dans cet esprit que j'avais, á l'époque, choisi de m'orienter vers l'automatisation et la robotique. A mon avis, il était tout à fait possible d'automatiser les travaux pénibles afin de dynamiser les métiers les plus intéressants et de diminuer drastiquement le temps de travail pour tous. Une utopie ? Je ne le pense pas. La seule condition passe par une juste répartition des gains de productivité. Il est vrai que, 20 ans après, on n'est pas encore à ce stade d'évolution ! (En référence, Plus tard je serai grand patron...)
Mais les robots étaient peu flexibles...
En tout cas, la robotisation n'a pas su répondre aux évolutions du marché. Difficiles à adapter, les premières générations étaient essentiellement orientées production en grande série.
(Je me souviens des lignes de soudage de la BX (1982) chez Citroën Rennes. Tous les postes n'étaient pas encore robotisés. Et des hommes devaient ainsi partager le travail avec les robots. Pas mal pour l'égo ! Cela dit, la plupart de ces ouvriers faisaient deux journées en une : la ferme et l'usine. Tant que le salaire tombait...)
Lorsque le marché s'est mis en tête d'exiger une flexibilité de tous les instants, ce n'était plus aussi simple. Les robots étaient prévus pour un travail répétitif. Les robots sont aussi des machines capricieuses et fragiles. Souvent en panne et difficiles à régler, ils exigent un personnel de maintenance de pointe.
...Et il faut le dire, particulièrement crétins...
Je me souviens ainsi d'un robot poseur de vitres sur une chaîne de montage chez Volvo Belgique qui, systématiquement, essayait de fixer une vitre arrière de berline sur les breaks... Je ne vous dis pas la casse. Des jours entiers cela a duré. C'était l'attraction du moment. Lorsque un break se présentait au poste, tous ceux qui étaient à proximité attendaient avec impatience et guettaient le robot avec une petite pointe d'excitation.
Allait-il saisir une vitre ? Ouiiiii !!! Et crac !
Pratiquement une fois sur deux il se trompait. Pas très futé non ?
Pourquoi les hommes, toutes positions confondues, prenaient-ils un plaisir à peine dissimulé face à cet obstination dans l'erreur du robot ? Etait-ce la satisfaction de constater de visu que l'ère des "Terminator" et autres produits de "l'Asimov-mania" n'était pas encore pour aujourd'hui ? Etait-ce une manière de se venger du mépris ostensiblement affiché par les techniciens suédois d'ASEA (qui ne s'appelait pas encore ABB), délégués par la maison mère dans cette usine belge ? (On est toujours le bougnoul de quelqu'un...). Un peu des deux ?
Et notez que je ne vous parle pas des robots monteurs de roues, un véritable casse-tête chinois. Finalement, l'humain n'était pas si mal et bon nombre de robots sont ainsi partis à la casse. 
Et demain ?
Alors plus d'avenir pour le déploiement à grande échelle de robots industriels ? Bien sûr que si. Mais il s'agit plus d'une question de choix de société que de techniques proprement dites.
Et pour ceux qui associent humanoïdes et robots, jetez un coup d'oeil aux travaux de David Hanson, doctorant l'University of Texas's Institute for Interactive Arts and Engineering. Il s'est particulièrement intéressé aux muscles du visage. La vidéo d'Eva est en ligne. Cliquez sur la photo...
Ou encore un autre film :
http://iiae.utdallas.edu/projects/robot/broadband.html
Copyright : Alain FERNANDEZ ©2004-2010- Tous droits réservés


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1 Il est vrai qu'en ces temps, on était tous braqué sur la pyramide du CIM, l'usine entièrement automatisé du haut en bas. On avait oublié un peu vite que les hommes gagnaient leurs vie ainsi. Aujourd'hui, plutôt que d'investir dans des robots, les industriels préfèrent les délocalisations. C'est moins coûteux d'entretien
Martin Lerault
2 Je n'avais pas vu le titre de Libé. C'est vrai que 2514 ans de SMIC c'est plus parlant que 38Millios d'Euros. En tout cas pour moi.... Bonne continuation...
Manag man
3 On en est tous là. Pas toujours facile de faire parler les chiffres. Ecoutez celle-ci : 2514 ans de Smic, cela correspond à la somme des revenus qu'aurait pu gagner un tailleur de pierre commençant sa carrière sous Periklès (-429) et la terminant aujourd'hui. Ca parle un peu plus non ? j'aime bien cette métaphore particulièrement expressive signée du chroniqueur du vendredi de l'émission Charivari sur France Inter (J'ajouterai son nom ici dès que je l'aurai retrouvé)
Alain