Vous imaginez les hedge funds et autres adeptes du LBO prendre conscience de l'importance de leur rôle ici-bas et se disant comme ça levant les yeux vers un ciel étoilé ou face à l'immensité de l'océan : "C'est vrai, le développement doit être durable en respect des règles éthiques et écologiques pour le bien être de tous. Nos amis les actionnaires, sachez modérer vos ambitions et attendez, les gains viendront d'eux mêmes petit à petit".
Vous voyez la scène ?
Pas moi.
Je connais plus d'une PME, en France comme ailleurs, rachetées ces dernières années par des groupes financiers. Je ne suis pas sûr que mes correspondants locaux aient perçu un quelconque signe qui laisserait présager un changement radical de logique. Crise ou pas crise, dégraissage et délocalisation semblent toujours être les deux mamelles de l'actionnaire.
Il y a aussi quelques semaines, à peu près à la même date de pulication que l'article du FT ci-dessus, un autre article du supplément financier-économique de El Pais annonçait la constitution de la plus importante coopérative mondiale. Le groupe Eroski (Mondragòn), une enseigne de la grande distribution, apportait la dernière note à son rachat du concurrent Caprabo, en l'intégrant en totalité. La plus grande coopérative du monde était née, 52 000 sociétaires.
L'activité d'Eroski se portait plutôt pas trop mal ces dernières années. Mais avec la culbute de l'Espagne(1), les gains risquent de se faire de plus en plus rare.
Dans une coopérative comme Eroski, les employés sont sociétaires. Ce sont eux les propriétaires-actionnaires. Prudents, leur objectif n'est pas de presser tout le jus du citron en une seule fois. Il s'agit de défendre durablement l'outil de travail. Ils sont donc prêts à se serrer un peu la ceinture et à laisser filer les participations aux bénéfices afin de préserver la survie de l'emploi.
Aussi les sociétaires ont pour règle de réserver la moitié des bénéfices de l'année au renforcement des comptes. Ils ne prélèvent au titre de la participation "que" 40% des bénéfices. D'ailleurs, pour préserver l'avenir, les employés sociétaires ont pour habitude de laisser leur part de bénéfices comme matelas de sécurité et se contentent du fruit des placements correspondants. C'est seulement au moment du départ, démission ou retraite, qu'ils concrétisent leurs acquis et récupèrent les gains cumulés.
Pour faire face aux difficultés à venir, le groupe dispose donc de l'énergie et des moyens conséquents.
La coopérative n'est vraisemblablement pas le nirvana. Mais si l'on trace une échelle entre le pire et le supportable, il me semble que la coopérative se positionnera plutôt du côté du supportable que du pire (2).
Alors que le rapport profit salaires fait débat, il existe donc des possibilités pour choisir une "3ème voie" et se passer des actionnaires (3).
Dans le même genre, l'indécence des salaires des patrons et autres hauts dirigeants est livrée à la vindicte du petit peuple que nous sommes. Mais là encore n'y a-t-il pas "une 3ème voie" ?
Le problème n'est peut-être pas le salaire du patron, mais le patron lui-même. Il existe des expériences concluantes, on y reviendra.
(1) 4 millions de chômeurs, près d'un million d'entre eux en fin de droits c'est à dire sans plus aucun subside.
(2) Pour le pire, vous pouvez lire ce témoignage sur le site politis .
(3) Lire à ce sujet ce commentaire du rapport Cotis publié sur Alternatives économiques.
Copyright : Alain FERNANDEZ ©2004-2010- Tous droits réservés


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1 En référence l'article d'Elpais Nace un gigante cooperativo
afz