Le dictionnaire des nouveaux entrepreneurs

Depuis que la gauche de la droite flirte avec le centre de la droite, s'il y a un cocu dans l'histoire, c'est bien celui qui se lève tôt pour aller trimer dès potron-minet
Mais bon entre nous, il n'a qu'a faire comme tout le monde et monter son entreprise.
C'est vrai non ?
D'ailleurs on rencontre de plus en plus de nouveaux entrepreneurs. Une génération spontanée peut-être.
Il n'y a pas si longtemps, au cours d'un séminaire, il y en a un comme cela qui m'interpella pour faire part de son point de vue. Comme de coutume, il se présente :
"Jean Boche entrepreneur, chef d'entreprise d'une TPE".
Une TPE c'est une "Très Petite Entreprise" ou une "Toute Petite Entreprise" ? lui demandai-je.
En l'occurrence, il s'agissait d'une toute petite entreprise. Bref il était tout seul et proposait, prosaïquement, une activité de conseil en management. A une époque pas si lointaine, il se serait présenté comme consultant, conseil indépendant ou encore free lance peut-être. . Mais faut croire que les temps ont changé l'indépendant ne fait plus recette. Désormais il faut être un "En.tre.pre.neur".
On se sent peut-être ainsi plus proche de ceux qui possèdent yacht et jet privé, qui sait ?

Ce n'est d'ailleurs pas un cas isolé. Au cours d'une soirée un peu chiante, j'en avait croisé un autre qui, bien que son activité soit encore fort jeune il venait de démarrer quelques semaines plus tôt, était déjà en quête d'investisseurs intéressés par le concept à forte valeur ajoutée (?). Ensuite me confiait-il il serait prêt à recruter des "talents".
Ne vous méprenez pas. Je serai toujours à l'écoute des ambitions lorsqu'elles sont concrètes (j'aime bien aussi ceux qui rêvent debout, mais bon, à petite dose quand même). Là, c'est la juxtaposition de ces termes, "investisseurs", "valeur" et "talents", tout comme le ton bien trop assuré employé, qui m'avaient faitun peu tiquer. En effet au cours d'une émission de France-Culture consacrée aux luttes syndicales, l'an dernier, Sellières l'ex patron des patrons exprimait exactement les mêmes propos sur le même ton (après avoir longuement expliqué qu'il n'y avait plus de classes sociales la preuve même des héritiers Wendel pointaient au chômage ! (sic))

Alors pour en revenir à ceux qui triment, "camarade" Euh là non ça ne le fait plus, plutôt "futur collègue entrepreneur", il est temps de réformer ton vocabulaire si toi aussi tu souhaites être un acteur "performant et compétitif" de ce nouveau monde merveilleux encore à construire.
Comme je suis bien sympa, je te livre ci-après les formules adéquates à utiliser sans retenue afin de paraître branché lorsque tu rencontreras tes "amis entrepreneurs" qui comme toi, ont choisi de franchir le pas.

Allez, on commence.
Investisseur
Déjà on ne dit plus un "actionnaire" mais un "investisseur".
Ainsi on ne dira pas "Les actionnaires s'en mettent plein les fouilles"
Mais on dira : "Les investisseurs attendent une rémunération proportionnelle à la prise de risques".
Compris ? On continue.

Entrepreneneur
On ne dit plus non plus "patron". Trop ringard. On dit désormais "entrepreneur", un terme bien plus porteur de dynamisme même s'il ne change rien au rôle de ce dernier.
Et puis, "entrepreneur" rime avec "valeur" et même "créateur de valeur". Ce n'est pas un signe ça ? "Patron", ça rime avec quoi hein ? Raconte-moi un peu...
Ainsi ne dites pas :" Le patronat ne se préoccupent pas des besoins de la base"
Mais dites :"Les entrepreneurs sont des créateurs d'emplois"
En effet, dorénavant un entrepreneur est un créateur d'emplois. Il faut apprendre à considérer la conséquence comme la cause, voire même la raison d'être.

Talent
De même, on ne dit plus un "salarié" ni même un "collaborateur", c'est dépassé. Non maintenant on parle de "talent".
Ne dites plus :"Pour permettre aux actionnaires de s'en mettent plein les poches, les patrons jettent à la rue les salariés des activités les moins valorisées".
Mais dites : "Les investisseurs jugent favorablement les entrepreneurs qui adoptent une stratégie fondée sur la concentration des talents les plus pointus. Ils voient là la perspective d'une valorisation de leur investissement conforme à la hauteur de la prise de risques.
Compris ?
Alors Comment traduiriez vous : "Les patrons ne rêvent que d’une seule chose, casser le droit du travail ?"
Facile : "Il faut commencer par supprimer toutes les entraves qui empêchent nos entrepreneurs de se développer dans une économie de marché toujours plus concurrentielle."

Et pour finir n’oubliez pas que ce n’est pas un "travail", un "job", encore moins un "boulot" que vous cherchez à accomplir, mais bien un "challenge" !
A bientôt collègue ou plutôt... concurrent !


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5 commentaires


1 RIgolo comme texte. J'aime bien habituellement ce que vous faites mais là ça me questionne un brin. Lorsque vous écrivez ceci "Les investisseurs jugent favorablement les entrepreneurs qui adoptent une stratégie fondée sur la concentration des talents les plus pointus." Vous n'êtes pas d'accord ? Vous pensez qu'il faut se trimbaler des gouffres à fric comme l'administration éternellement ?
Allibert

2 L'administration n'était pas le thème que je visais. D'ailleurs il vaut mieux ne pas oublier que l'administration englobe les services publics comme l'école ou la santé pour ne citer que ceux-ci.
D'autre part, dans le monde marchand, il est vrai qu'il est absurde de maintenir sous perfusion des activités qui sont déficitaires à court, moyen et long terme. Mais il est bien plus dangereux de continuer à vivre sous le couperet du ROE (Return On Equity) qui, fixé arbitrairement à 15 %, anéanti purement et simplement des activités rentables dans la durée.
A plus
afz

3 L'administration, services publics... C'est vrai, mais pourquoi ne parle-t-on jamias de réduire le budget de l'aqrmée qui est tout de même le duxième après l'éducation nationale hors dettes ?
Amateur

4 Billet permettant de prendre du recul par rapport à des concepts entendus quotidiennement... je l'ai repris sur le blog capitalsocial.fr
Jean-Philippe

5 Mmh, c'est vrai que la sphère des affaires (entreprises et prestataires de ces entreprises) emploient un jargon agaçant. On n'y comprend plus rien. Pour moi, un boulot, c'est d'aider quelqu'un à faire quelque chose. Quelque chose qu'il aime ou qui lui est utile. Un ami me disait il y a plusieurs années : J'ai retrouvé un contact, sur le Net. Le type m'explique qu'il construit des usines. Je trouve ça simple et ça suffit. On se représente le gars : plannings, outils, partenaires, etc. Ca a du sens. La faune, pourtant intéressante, des rassemblements professionnels (événements, séminaires, etc.) a tout avantage à bosser un "elevator pitch" propre et direct. Ou alors à parler de ce qu'ils font en vrai, au quotidien : je vois ci ou ça, fais ci ou ça, propose ci ou ça à untel ou untel. Qu'en dites-vous ?
Lionel

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