9 heures 15, je suis à la bourre et le métro n'arrive pas.
5 minutes que j'attends, 10 minutes, presque un 1/4 d'heure maintenant. Avec le flux incessant de voyageurs occupant le moindre espace libre du quai, il va encore falloir jouer des coudes pour se trouver une place de sardine lorsque le métro daignera pointer son nez. Cela dit j'ai du pot dans mon relatif malheur, je suis assis.
Depuis quelques minutes déjà, je sens bien que mon voisin cherche à engager un brin de conversation.
Finalement, il se lance et me demande :
-
Vous êtes pressé ?
- Ben un peu oui. Je suis même plutôt en retard...
En fait je suis totalement à la bourre ! Une réunion de conciliation entre prestataire et client qui m'attend et de surcroît c'est moi le médiateur. Je vous dis pas comment la pression doit monter. Bon imaginons que le métro arrive dans moins de 5 minutes, je change à Odéon, les couloirs ne sont pas trop trop longs, je devrais être à Saint-Sulpice d'ici 1/4 d'heure, 20 minutes au plus. C'est jouable.
-
Pour moi, tout ça c'est fini. Reprend-il.
-
Quoi donc ?
Je l'avais oublié celui-là.
-
Tout ça les rendez-vous, les réunions de travail, les coups de téléphone, les responsabilités. L'entreprise a décidé de se passer de moi. Plus personne ne m'attend.
- Ah! c'est pas de chance.
- Pas vraiment non, à 51 ans dont 25 ans dans la même maison et rien qu'un CAP en poche, c'est le moins que l'on puisse dire. Bon, c'est aussi de ma faute, je le reconnais. Vous vous en sortez vous dans votre boulot ?
- Oui ça va, les clients ne se plaignent pas.
- Moi je n'ai pas su faire. On m'avait nommé il y a déjà un an, chef du nouvel atelier. Il fallait que je réforme toute la logique de production pour démarrer un nouveau produit, pour un nouvel avion. J'ai pas su faire. On a perdu le marché. Bon faut dire que j'étais pas aidé non plus. J'étais tout seul et du boulot par dessus la tête. Mais ce n'est pas une excuse on m'a dit. C'est vrai. Ce n'est pas une excuse. Je suis dans l'aéronautique précise-t'il.
Les propulseurs. Bon enfin en sous-traitance, nous on fabrique les pièces d'étanchéité. Pour Airbus notamment. Enfin je dis nous, je devrais dire eux maintenant.
Ah super voilà le métro.
Je m'avance. Tout en respectant les usages les plus élémentaires de la bienséance, j'assure mon droit légitime à un semblant de place dans ce wagon déjà archi saturé. Tout ça se télescope un peu dans ma tête, aéronautique, airbus, réorganisation, échec, licenciement...
-
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